Registre A110

par Yves-hervé dujardin

3007 (texte d'Yves-Hervé Dujardin)

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La voiture fut commandée par Jacques Cheinisse en mai 1963. Celui-ci, après avoir sévi dans l'entreprise familiale de fromagerie au lendemain de son service militaire effectué en Algérie, acheta, en 1958, un Coach A106 d'occasion pour 8 500 francs, afin d'assouvir sa passion la course automobile. Il court, mais casse fréquemment, ce qui lui permet de rencontrer Jean Rédélé à maintes reprises... Au hasard d'une de ses visites, il se propose d'aider au développement de la marque normande. Les années passent, Cheinisse se tourne alors vers une Volvo 122S réputée incassable et parvient à prouver le contraire. En février 1963, Rédélé le contacte au sujet du Salon de l'Automobile de Genève. La manifestation a lieu dans deux semaines et le représentant d'Alpine pour la Suisse est indisponible. Jacques Cheinisse saisit cette occasion inespérée et se lance dans l'aventure. À l'issue de la manifestation, sa prestation convainc Jean Rédélé et celui-ci lui offre un poste de commercial à Dieppe. Petit problème : Cheinisse souhaitait faire le Tour de France Automobile et n'imaginait pas une seule seconde demander à Rédélé l'autorisation d'engager sa Volvo...

L’équipe officielle Alpine était déjà inscrite sur berlinette "Tour de France" A108. De plus, il y avait en commande deux berlinettes A110 "Compétition" pour les clients Claude Ballot-Léna (châssis n° 3004) et Alain Finkelstein dit "Finkel" (châssis n° 3006). Cette version était équipée d’un nouveau moteur Gordini de 1000 cm3, dérivé du Renault R8 avec une culasse hémisphérique ; on en disait le plus grand bien sans jamais l’avoir vu à l’œuvre (ce sera le futur moteur de type 804 de la Renault 8 Gordini 1100)... Jacques Cheinisse décide néanmoins d’en commander une et persuade, sans mal, Étienne Desjardins, Directeur d'Alpine à Dieppe d’en ajouter une, livrable en août. L'auto fut fabriquée brute de série conforme à la définition Compétition client de l’époque sans aucune préparation spéciale, hormis la coque qui était très allégée avec deux couches de tissus de verre au lieu de trois. Cheinisse étant sur place, surveilla de près son exécution ; c’était à l’époque la plus légère berlinette compétition sortie de l'usine, car elle pesait 550 kg !

L'A110 est sortie d'usine le 29 août 1963 et a été immatriculée le 2 septembre sous le numéro : 8188 FH 76. Le numéro de carrosserie est inconnu (peut-être n'en fût-elle pas pourvue ?) et elle reçue une couche du fameux bleu métallisé dont les références ne furent pas divulguées.

Jacques Cheinisse, avec Claude Leblond comme navigateur, participa au 16ème Tour de France Automobile du 13 au 22 septembre 1963 et termina 14ème au classement général reléguant les pilotes usine aux oubliettes. Le Tour de France Automobile comportait cinq étapes (environ 5850 km) et seize épreuves de classement. La berlinette portait le n° 121.

La voiture fut ensuite exposée au Salon de l'Auto de Paris en octobre 1963. À cette époque Alpine n’avait pas les moyens de contretyper une auto pour les expositions et souvent des voitures de compétition et/ou les voitures des clients étaient exposées sur le stand Alpine dans les différents salons.

3007, toujours aux mains de Jacques Cheinisse, assisté de Michel Lefebvre, participa ensuite au IIème Rallye de l'AGACI les 2 et 3 novembre avec le n° 22, où elle termina 2ème en classe GT.

Puis vinrent le XVème Tour de Belgique les 9 et 10 novembre avec le n° 25 où Cheinisse, avec Helleur, finit 6ème au classement général, puis le IXème Rallye d'Automne les 16 et 17 novembre où Cheinisse, de nouveau copiloté par Lefebvre, termina 1er en GT, et enfin le Rallye des Flandres le 24 novembre 1963 où Cheinisse, navigué par Verdonck cette fois, termina 1er des moins de 1000 cm3.

Début 1964, 3007 participa, toujours avec Jacques Cheinisse (puisque c'était "sa" voiture), aux XIIème Rallye des Routes du Nord du 7 au 9 février. La voiture portait le n° 21 et termina 3ème en catégorie GT.

La dernière course à laquelle prit part 3007 avec Cheinisse fut le IIème Rallye National de l'Ouest qui eut lieu les 20 et 21 mars 1964. La voiture était copilotée par Lefebvre et arborait le n° 75. Elle finit 3ème en classe GT et 1ère à l'Indice.

Aux XXXIIème Essais préliminaires des 24 heures du Mans 1964 qui eurent lieu les 18 et 19 avril 1964, Jacques Cheinisse fait équipe avec Pierre Orsini sur une A110, il subit une terrible sortie de route à Maison Blanche, et est éjecté de l'auto, les vertèbres cervicales touchées. Les responsables de la sécurité, le croyant sans vie, le chargent sans ménagement dans le fourgon Citroën type H et lui cassent le pied en refermant le hayon, il reste huit jours dans le coma. À sa sortie de l'hôpital, il doit porter une minerve, ce qui ne l'empêche nullement de participer à une course sur le circuit de Nogaro au volant d'une berlinette, les organisateurs n'ayant pu trouver dans le réglement une clause lui interdisant de prendre part à l'épreuve. Il se paie le luxe de terminer deuxième. C'est ce moment que choisit Jean Rédélé pour revendre "sa" voiture, que Cheinisse n'avait pas encore payée, à un pilote niçois : Jacques Raynaud.

Raynaud immatricula 3007 en 624 MX 06 et participa en 1964 au IVème Critérium Jean Behra les 23 et 24 juin où il finit 2ème en classe GT. Ensuite, il s'inscrivit au IXème Rallye du Var, les 17 et 18 octobre où il termina 5ème en GT, puis au Xème Rallye du Pétrole le 22 novembre, où il finit 1er de la catégorie 0 à 1300 cm3 et enfin au VIIIème Critérium des Cévennes le 29 novembre où il se classa 6ème en catégorie GT. Durant ces épreuves, Raynaud était copiloté par Casale.

Fin 1964, Jacques Raynaud céda la voiture à Jean Ortelli, pilote courant en courses de côte, natif de Cannes, mais possédant une concession Peugeot à Hyères-les-Palmiers. Celui-ci immatricula 3007 541 LU 83 et courra avec jusqu'en 1968. Le moteur original (T54 RG ?) cassa en 1965 et la voiture fut équipée d'un moteur de 1148 cm3 de cylindrée, portant le n° 31.

3007 disparu ensuite des écrans radar pendant un certain nombre d'années et avait été racheté par un collectionneur néerlandais. Celui-ci céda la voiture à un Français passionné de la marque, le 26 juillet 2020, alors que l'auto se trouvait en profil VHC.

Depuis cette date, la restauration a commencé chez AutoRacing. Le propriétaire a retrouvé les numéros de châssis 3007 et de caisse 369, ainsi que la trace du réservoir d’essence arrière qui avait été fait artisanalement par le mécanicien de Cannes, Dominique, le préparateur de Raynaud puis d'Ortelli à ses débuts. Jean Ortelli a revendu cette auto fin 1968 pour une 1300 S et cédée celle-ci ensuite rapidement en 1969 pour une 1600 S plus rapide car il trouvait que cette A 110 allait aussi vite que la 1300 ! Si la caisse n’avait pas été modifiée, les instruments de bord avaient été remplacés par du moderne, comme le volant et les roues. Il a pu retrouver toutes les bonnes pièces, le réservoir avant, les sièges baquets, le volant en bois, les roues de 15", le compteur, le compte-tour, les manomètres et le radiateur arrière qui sera monté comme à l’origine. Jacques Chenisse et les Ortelli sont impatient de la voir finie !

Sources : interview de Jacques Cheinisse par l'auteur du Registre A110; Sport Auto de juillet 1964, page 9 et de septembre 1964, page 1; L'Automobile d'octobre 1965, page 74, de juin 1967, page 81; mille Miles n° 72, page 30; Scratch n° 2.

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